Rouzet, Tarn
Larroque · dolmen
Il se présentait comme l’un de ces milliers de tas de cailloux qui parsèment ce pays. Ils sont partout dans les champs et le résultat de siècles d’épierrement, de la lutte des paysans contre la pierre pour gagner quelques parcelles de terre cultivable.
Fouille Bernard Pajot 1985
Coordonnées : 44° 00′ 36″ nord, 1° 42′ 16″ est
Si peu discernable dans le paysage, ce monument est resté inconnu pendant longtemps. Ce sont deux dalles émergeant de la broussaille qui attirèrent l’attention sur ce pierrier long de 21 m et large de 12 m.
Il se situe à la limite méridionale du Causse du Quercy. Il semble là pour indiquer une frontière. Vers le sud, plus aucun dolmen pendant plus d’une centaine de kilomètres. D’un côté un peuple qui a construit des milliers de dolmens avec un paysage entièrement marqué par les tombes des ancêtres, de l’autre des gens analogues, avec le même mode de vie et aucun dolmen, et des morts qui n’ont pas laissé de traces.
Après un débroussaillage et un premier décapage, c’est une structure rectangulaire avec un petit côté arrondi qui fut mise au jour, longue de 17,80 m et large de 6 m. Il apparut que ce monument en englobait un autre. Celui-ci, également de plan rectangulaire avec aussi un côté arrondi, est un modèle réduit du précédent. Il fut construit en premier et avait 4 m de long et 3,40 m de large. Il contenait un petit dolmen avec une chambre exiguë de 1,90 m × 0,80 m. L’état du parement externe et l’absence d’éboulis montrent que le second monument fut érigé rapidement après, bien que le temps qui sépare les deux constructions ne soit pas connu avec précision.
Dans le nouveau tertre, dans le prolongement et avec le même alignement, un autre dolmen est bâti. Il est plus grand, avec 2,15 m de long et 1,50 m de large. Par rapport à l’ampleur des structures qui les entourent, les deux mégalithes apparaissent comme petits. L’effort des constructeurs s’est porté sur la masse que constitue cette plateforme. Elle englobe totalement le monument primaire. La chambre du petit dolmen demeure ouverte sur celle du grand dolmen. Tout laisse à croire que les deux dolmens ont fonctionné en même temps. Le fouilleur pense que la petite chambre servait d’ossuaire pour évacuer les ossements de la plus grande et qu’elle aurait pu être construite quand la place commença à manquer.
Le côté de l’entrée possédait un parement constitué de petites pierres pour lui donner un aspect soigné. Dix-huit lits ont été préservés de ce mur qui devait s’élever à 1 m. Le dolmen était dépourvu de couloir, l’accès à la chambre se faisait directement. Une dalle servait de fermeture. Le dolmen restait en grande partie apparent. Il est possible que le contour du premier tertre et son dolmen soient demeurés visibles. La plateforme, plus haute vers l’entrée, était en pente vers le chevet, où un seul lit d’assise a été relevé. Entre le parement et les dolmens, le remplissage est fait de tout-venant de pierres parfois grosses et de terre. Le revêtement de sa surface n’a pas été préservé. Ce souhait de créer de grands espaces autour des caveaux ne servait pas seulement à maintenir la structure mégalithique, et n’avait pas que des fonctions ostentatoires. Ce sont de véritables podiums.
