Devez de la Baume, Aveyron
La Cavalerie · Dolmen
Fouille Rémi Azemar 1994/1997
Sur le plateau du Larzac où la vue se perd sans rencontrer d’obstacle, le monument tout en longueur barrait d’une ligne de pierres l’horizon.
Coordonnées : 44° 01′ 15.0″ nord, 3°07’14.4″ est
Sur le haut plateau du Larzac, la vue porte loin. Cette grande étendue plate est dépourvue d’arbre, bien qu’au Néolithique le couvert forestier était plus important. Il y plus de 5000 ans les hommes voulurent inscrire leur présence et la puissance de leurs morts sur cet horizon vide et le firent de façon spectaculaire.
Le monument mesure 64 m de long, et il est le plus grand de ceux connus dans les Causses. Il n’est pas impossible que d’autres existent de taille plus imposante, mais ils ne sont révélés que par la fouille.
Le dolmen est implanté sur une cuvette naturelle, profonde de 50 cm, dans le substrat. Il ne reste que deux piliers de la chambre qui mesurait 6 m de long. Aucun élément de la dalle de couverture n’a été retrouvé. Par extrapolation l’on peut supposer un poids avoisinant les 25 tonnes, ce qui le classerait dans les grands monuments de la région. Une structure, de forme elliptique, de 8 m de long pour un largueur de 6 m formait un dôme. D’après le pendage des pierres, il atteignait le sommet de la dalle de couverture qui pouvait être recouverte ou rester apparente. Un massif empierré de 2 m sur 1,70 m après le seuil prolongeait l’entrée. Il y fut découvert les traces de la crémation d’au moins deux adultes et d’un immature. Les lauzes éclatées et rubéfiées témoignent de l’importance du foyer. Deux vases accompagnaient les restes humains. Un C14 donne – 3899, soit la fin du Néolithique Moyen et le tout début du Néolithique Final, ce qui en fait un des plus anciens mégalithes du sud de la France. Une autre datation sur des os trouvés dans la chambre est plus récente (- 3361/- 3103).
Devant l’entrée trois pierres sont les fragments d’un seul bloc. Des traces de fondation découvertes dans l’alignement de la bordure du dolmen indiquent qu’il s’agit des restes d’une pierre dressée. De la forme d’un triangle isocèle, elle était haute de deux mètres et épaisse de 15 cm. Face à l’entrée, des fragments de céramique et d’industrie lithique, dont des armatures de flèche, indiquent une fréquentation et différentes activités à l’avant du dolmen.
Vers l’ouest, prolongeant le dolmen et son tumulus, s’étend une longue construction de pierre que le fouilleur a intitulée « la chaussée ». Elle commence à l’entrée du dolmen et est marquée par une bordure de pierres plates. Large de 6 m, elle se développe sur une longueur de 37 m. Tout autour, des contreforts faits de dalles, verticales ou presque, la consolident. Cette chaussée est prolongée par un autre banc de pierre de 27 m de long. Sa largeur se rétrécit et varie de 2,50 m à 1,50 m. Ses limites en sont moins précises.
Quand la pierre était blanche et non recouverte de patine grisâtre, il faut imaginer cette longue ligne écarlate de plus de 60 m de long qui barrait l’horizon de ce pays plat, et l’impression que les femmes et les hommes pouvaient ressentir en sa présence.
L’idée de longueur peut être associée à la notion de procession ou de cheminement, avenue pour les vivants pour des rituels déambulatoires.


