Alignement du Moulin, Ille-et-Vilaine
Saint-Just · Alignement
Deux files de menhirs non parallèles participent du grand sanctuaire qui se trouvait sur les landes de Saint-Just, composé de dolmens et de différents groupes de menhirs.
Fouille Charles-Tanguy Le Roux 1978-81, Jacques Briard 1990-92
Coordonnées : 48° 46′ 16″ nord, 3° 26′ 40″ ouest
Les alignements du Moulin ne sont pas isolés : ils font partie d’un paysage mégalithique couvrant tout un territoire. Bien que non contemporains, tous furent visibles en même temps. Sur une ligne est-ouest, sur plus de 6 km autour du village moderne, se succédaient : les alignements du Bois de la Houle (détruits au siècle dernier) ; l’ensemble de Bel Air (difficilement interprétable) ; les menhirs du Rocher ; l’alignement du Bois Hervy (5 pierres) ; les alignements du Moulin ; les menhirs des Demoiselles ; les trois menhirs de Château Bû ; un alignement probable de Poubeuil (quelques blocs dans le village) ; le Tribunal (pierres dressées en hémicycle) ; les alignements de Bocadève.
Au nord, d’autres alignements plus ou moins détruits : Bosné, Forgerais, Pré au Bois. Il est impossible de connaître la densité exacte des pierres dressées, mais toutes participaient à un grand ensemble auquel étaient associées des sépultures. Le paysage était occupé par des pierres dressées et des monuments funéraires. Les dieux, les déesses et les morts avaient leur pays dans un territoire fréquenté par des hommes depuis longtemps.
Leur nom provient de trois moulins situés sur le site, soulignant la position dominante choisie pour les pierres dressées, visibles à l’horizon. Fouillés sur 700 m² (90 m de long, 5 à 10 m de large), ils s’étendent sur 300 m et se composent de trois files : File nord : 15 blocs de quartz sur 120 m ; File sud : 13 blocs (majoritairement en schiste) sur 70 m ; File ouest : 5 blocs de quartz sur 24 m. Aucune n’est parallèle : les deux premières forment un angle aigu, la troisième leur est perpendiculaire. Dans la file nord, au pied du menhir 5, deux coffres correspondent à des tombes de l’âge du Bronze, prouvant une fréquentation à cette époque.
La file sud comprend des pierres de tailles variées (la plus haute : 5,40 m ; la plus petite : 1,90 m) et de différents matériaux, avec une sélection délibérée (quartz étincelant). Plusieurs foyers, datés entre – 4940 et – 4700, pourraient être antérieurs ou contemporains des premiers menhirs. Autour des 12 premiers, le contexte archéologique est pauvre. Des trous de poteaux révèlent des structures en bois difficiles à définir, peut-être des édicules accompagnant les menhirs. À partir du menhir M15, leur base est enchâssée dans un massif pierreux de 6 m de large, reconnu sur 45 m, dépassant de 27 m la zone d’implantation. Cette « chaussée », considérée comme un tertre, pourrait aussi être un podium ou une avenue. Les menhirs sont les armatures d’un système complexe incluant pierres sèches et bois.
Le fouilleur propose plusieurs phases :
1) Foyers installés vers le milieu du 5e millénaire ;
2) Implantation d’au moins deux menhirs, Construction d’une longue structure en pierre sèche, Érection des plus grands menhirs ;
3) Après un abandon, fréquentation au Néolithique Final et par les porteurs de vases campaniformes, puis à l’âge du Bronze (- 2780/-2 180).


