Bois d’Archemont, Somme
Méréaucourt · allée sépulcrale
Le monument se transforme en dolmen lorsqu’il n’est plus utilisé. Un tel événement n’avait pas été démontré en plus d’un siècle de recherche. Cette découverte pourrait amener à revoir le fonctionnement de certains monuments.
Fouille C. Masset 1981-1991
Coordonnées : 49° 43′ 25″ nord, 1° 56′ 22″ est
Une fosse a été creusée dans un sol argileux mélangé à des rognons de silex. L’allée mesure 8,50 m de long et est large de 2,30 m au chevet et de 3,60 m vers le vestibule. Les dalles qui limitent la chambre sont en calcaire, dont les gisements les plus proches se trouvent à 1,5 km.
Il existe un espace périphérique vide autour du monument. Un dallage, implanté sur une couche de rognons de silex disposés en hérisson (de 10 à 25 cm d’épaisseur) et liés par de l’argile, correspondrait à un système de drainage pour éviter l’accumulation d’eau dans la tombe. Cela indique que l’espace était couvert d’une toiture étanche. Le calcaire constituant les piliers est relativement fragile : une expérience montre qu’au bout d’un cycle de 70 ans de gel-dégel, il commence à craquer. Les dalles présentant encore des arêtes vives lors de la fouille confortent l’hypothèse d’une protection de la tombe contre les intempéries. La probabilité la plus forte serait un toit en chaume. Sa pente aboutit dans l’espace vide laissé tout autour des orthostates. Une couverture de cette nature, pour être efficace, demande une pente de 50°. Le monument semi-enterré serait alors bien visible dans le paysage.
L’entrée primitive se faisait par un vestibule marqué, encadré par deux dalles verticales. Un bloc de pierre, retrouvé dans les déblais d’un terrassement ancien, pesant 70 kg et mesurant 70 cm × 64 cm, dont les faces sont régularisées, serait le bouchon amovible qui servait à fermer l’entrée.
Près du chevet, un dépôt de 4 haches polies a été découvert. Non loin de là, une série de perles a été trouvée : 12 en schiste, 4 en ambre et 2 en os. Un bloc d’ambre brut de taille exceptionnelle, pesant 8,5 grammes et venant de la Baltique, prouve l’existence de relations commerciales lointaines.
Toujours près du chevet, deux zones où le dallage s’interrompt, ainsi que les dépôts funéraires, témoignent d’un ou plusieurs objets de grande taille qui auraient disparu, mais furent présents pendant toute l’utilisation de la nécropole.
Une partie des ossements sont en connexion, prouvant le dépôt du corps entier. D’autres sont fractionnés et dispersés, résultant de dépôts secondaires. Ils ont été introduits lorsque les corps étaient décharnés.
Le décompte du nombre minimum d’individus, fait à partir des vestiges osseux et celui fait à partir des dents, ne correspondent pas (29 par les os, 27 par les dents). Cela tendrait à prouver que deux types d’inhumation étaient pratiqués : l’un par l’apport de défunts après leur mort, l’autre par celui de leurs ossements, qui avaient été déposés dans un premier temps ailleurs et apportés dans la tombe, plus ou moins complets.
L’histoire de ce monument se déroule entre -3500 et -2500. Elle se décompose en plusieurs phases principales et en une multitude de petites actions. Les grands événements que connut le site peuvent se résumer ainsi :
1) Creusement de la fosse et implantation des orthostates. Première inhumation.
2) Nettoyage complet de la tombe.
3) Une couche de sédiment est répartie sur le sol. Une dalle près du chevet est basculée pour créer une nouvelle entrée (l’ancienne entrée par le vestibule a été détruite par d’anciens terrassements).
4) Une nouvelle période d’inhumation primaire et secondaire.
5) Vers -2400, une nouvelle couche, d’abord de limon puis de rognons de silex, déposés avec soin pour être jointifs, vient recouvrir et protéger les restes des défunts.
6) Pour parachever cette fermeture, les orthostates vers le vestibule sont inclinés et rapprochés les uns des autres, afin de pouvoir soutenir une dalle horizontale. Cette action démontre que le monument n’avait pas été conçu pour être recouvert de tables.
7) Il ne devient « un dolmen » que dans sa phase de fermeture quand 3 tables sont posées sur les piliers.
8) Vers -2000, la dernière phase est violente : les tables sont brisées et l’ensemble du site est recouvert d’une couche de limon et de rognons de silex, avec pour but d’effacer totalement la nécropole.
Cette transformation implique aussi un usage par le sommet et non par l’entrée, ainsi que le cheminement interne des fossoyeurs dans la tombe. Elle permet un remplissage total du monument, ce qui est problématique dans une chambre couverte de dalles.





