Clos du Houx, Calvados
Cuverville · structure de type Passy
La fouille partielle sur 44 m a concerné un monument repéré sur 200 m de long. Il en demeurait deux fossés côte à côte allant en s’élargissant légèrement.
Fouille N. Fromont 2014
Coordonnées : 49° 11′ 38″ nord, 0° 15′ 55″ ouest
Les fossés délimitent une aire intérieure large de 12 à 17 m correspondant à une surface de 2 000 m². Il a pu se prolonger hors de l’emprise de la fouille et atteindre dans sa partie la plus large une trentaine de mètres. Dans sa taille initiale il a pu couvrir une surface de 3 000 m². Le monument est orienté sud-est/nord-ouest. Les fossés vont en s’élargissant vers le nord-ouest où il est le plus imposant. Comme il est habituel dans ce type de monument à la forme d’un trapèze étroit et très allongé, un des plus grands des petits côtés est plus monumental en largeur et en profondeur, cherchant à une extrémité un effet de façade monumentale.
Un tertre s’élevait entre les deux fossés. Une observation fine et diverses analyses permettent d’en connaître la composition et les différentes phases de sa construction. C’est après une préparation du terrain que des mottes de terre mélangées à des végétaux sont empilées. Des murs en pierre sèche tels qu’ils sont connus à Colombiers-sur-Seule ne sont pas envisageables. La fouille n’a pas mis en évidence de palissade. Des mottes de gazon empilées suffisent à donner une cohérence suffisante à maintenir les sédiments en hauteur. Dans ce pays où les pluies sont fréquentes, cette technique de motte de gazon s’avère efficace. Six millénaires après sa construction, un dénivelé était encore visible dans le paysage.
Les fossés sont larges de 1,20 m à 2,30 m et profonds de 0,90 m à 2,80 m par rapport à la surface du sol actuel. Cela représente le déplacement de plus de 11 000 m³.
Cette phase de construction a été datée d’entre -4794 et -4375, ce milieu du cinquième millénaire où les monuments de type Passy apparaissent dans le nord de la France et dont plusieurs exemples sont connus en Normandie. C’est un des plus grands monuments pour cette région, seul dans la nécropole de Fleury le monument 29 le dépasse par sa longueur.
Après plusieurs siècles, entre -4554 et -4375, les fossés vont être de nouveau creusés. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une action d’entretien ou d’une rénovation plus importante par une société voulant réactiver une mémoire représentée par ce monument. Les nouveaux fossés seront moins profonds, de 0,50 m à 1,50 m et plus larges de 1,70 m à 6,50 m. Il est aussi possible que le monument soit rallongé. Ce sont encore plus de 1000 m3 de sédiments qui seront déplacés. Cela montre l’importance donnée à la réactivation de la puissance du monument. À chaque fois, cela représente le travail d’une dizaine de jours pour une centaine de personnes, plus si le monument était plus grand, comme il est probable.
Aucune tombe contemporaine n’a été découverte dans les limites du monument. La fouille ne l’ayant pas concerné dans son intégralité et la possibilité d’une tombe plus aérienne détruite par les labours ne permettent pas d’exclure la possibilité d’un usage funéraire.
Sous le monument, un foyer en fosse de taille importante est daté d’entre -4721 et –4554. Il est antérieur à l’implantation de la structure de type Passy. Son statut par rapport au grand monument n’est pas défini. Ce foyer n’a pu être relié à aucun habitat proche. Sa place privilégiée au centre du monument ne peut être anodine. La présence de structure de combustion à l’usage de repas collectifs est fréquente sous ou à proximité des premiers grands monuments. L’existence de ces foyers qui évoquent les banquets ou des lieux de réunions peut être la manifestation d’un lieu déjà ritualisé pour des assemblées, leur implantation pouvant influer sur le choix du lieu pour édifier le monument.
Après son abandon, et malgré la précarité de ses matériaux, le monument est visible dans le paysage. Cela dictera peut-être le choix de l’implantation d’une tombe découverte dans un des fossés. Dans une excavation de 2 m de long et 0,40 m de large est déposé un corps allongé sans aucun mobilier. Les datations C14 le rattachent aux Celtes entre -361 et -178. Le monument ne disparaîtra jamais totalement du paysage. Le cadastre napoléonien nomme le lieu la « Delle du clos du Houx ».
