Commune Sèche, Calvados
Colombiers-sur-Seulles · tertre long
Le monument hybride entre le dolmen et le tertre allongé semble réunir deux conceptions du premier monumentalisme funéraire : la chambre funéraire et le long tertre.
Fouille par A. de Caumont en 1830, R. Caillaud & L. Lagnel, 1969-1971
A. Chancerel & I. Kinnes, 1989-1997
Coordonnées : 49° 17′ 48″ nord, 0° 29′ 40″ ouest
Le tertre, de plan trapézoïdal, mesure 57 m de long et sa largeur varie de 9 m à 17 m. Lors des fouilles, il était encore conservé sur une élévation de 2,70 m.
Le lieu fut fréquenté par des populations qui ont laissé de nombreux témoignages de leur séjour sous forme de mobilier lithique et de céramique. Aucune trace de bâtiment ou de maison n’est visible sur l’emprise de la fouille. Leur passage fut suffisamment important pour créer un paléosol chargé de débris et de charbon de bois. Des fragments d’anneaux en pierre et l’ensemble du mobilier les rattachent aux cultures VSG et Cerny, soit plus d’un millénaire avant la construction du monument.
De nombreuses traces d’incendies se trouvent à l’emplacement exact du monument. Le feu a servi à débroussailler le terrain et des foyers pourraient être l’empreinte de la destruction des souches et des troncs d’arbres. Deux d’entre eux se distinguent par leur composition et leur emplacement. Placé à l’extrémité orientale, l’un a un diamètre de 50 cm et l’autre de 70 cm × 80 cm. Ils présentent une concentration de pierres brûlées et se situent de part et d’autre de l’axe central du monument. Leur état de conservation montre qu’ils furent rapidement recouverts par le monument. Ce type d’installation correspond à la cuisson de quantités importantes de nourriture et est associé à des repas festifs qui ont pu participer à des réunions précédant l’édification du monument.
Avant que ne commencent les travaux, le monument est conçu dans sa globalité. Il s’agit d’un assemblage de structures internes et externes. La construction répond au principe gigogne : un élément vient en englober un autre, qui est ensuite inclus dans un plus grand pour atteindre sa taille définitive dès sa conception. Les pierres utilisées sont prélevées sur place ou dans un environnement immédiat. L’aspect final demeure inconnu, tout comme son élévation, mais tout évoque une rampe vers une plateforme terminale. Si le monument est construit en une seule fois, des traces de réparations sont visibles. Elles renforcent certaines parois pouvant avoir des défauts de conception ou montrant des signes de faiblesse.
Les parements extérieurs, s’ils affichent la puissance de ceux qui les ont construits, sont là pour assurer la solidité du monument. Il en va tout autrement du réseau de murs internes. La masse du monument est traversée longitudinalement par un muret. Cet axe central est la colonne vertébrale du monument, qui structure tout l’édifice. De lui partent de nombreux murets transversaux qui partitionnent le tertre en autant de cellules. Les parois qui limitent une cinquantaine de caissons se présentent sous trois formes différentes. La plus courante est un assemblage de plaquettes de calcaire posées sur champ pour former un muret. Ce positionnement implique que le remplissage des cellules se faisait simultanément. Cela signifie, entre autres, que ces compartiments n’ont jamais été conçus comme des pièces qui auraient été fréquentées pendant un temps. La deuxième méthode, moins fréquente, est l’empilement de gros blocs à plat. La troisième solution adoptée consiste en des parois en matière végétale, probablement des planches.
Ces cloisons, épaisses de 10 à 20 cm, sont présentes sur l’ensemble du monument. Elles partent toutes de l’arête centrale et aboutissent au parement extérieur. Elles sont espacées de 2 m, avec une largeur variant de 2 à 7 m. Devant l’absence d’explication fonctionnelle de ces aménagements, un grand nombre d’hypothèses peuvent être émises. Le cloisonnement dans les tumulus n’est pas un phénomène unique. Il est connu dans le tumulus d’Er Grah à Locmariaquer et doit être présent dans beaucoup d’autres structures en France qui n’ont pas été fouillées.
Il est très fréquent en Angleterre, où l’ensemble des long barrows ont été explorés : Ascott-under-Wychwood, Hazleton North ou Giant’s Hills II en sont des exemples parmi d’autres.



