Grifaine, Marne
Chouilly · hypogées
Huit hypogées, et non onze — certains ayant été comptés plusieurs fois —, se situent au flanc de la Butte de Saran, disposés en étages sur deux rangées, un dernier se trouvant en contrebas.
Découverte en 1806 – Fouilles abbé Barré 1851/1852, abbé Favret 1921/1922, F. Langry-François 2015, N. Garmond & D. Bouquin 2016
Coordonnées : 48° 59′ 54″ nord, 4° 00′ 33″ est
Les fouilles anciennes fournissent des informations peu précises sur quelques-uns de ces hypogées. L’hypogée 1, mesurant 5,10 m sur 3,40 m avec une hauteur de 1,10 m, contenait une trentaine de squelettes rangés en hémicycle le long de la paroi, les pieds convergeant vers le centre de la chambre. Dans l’hypogée 2, 48 individus auraient été dénombrés. L’hypogée 5 possède 2 chambres et 1 antichambre ; dans la salle 2, 10 corps étaient allongés dans les deux sens et se chevauchaient.
Des coquillages percés, fossiles d’origine locale ou maritime, pouvaient être des éléments de collier ou des ornements cousus sur les vêtements. Dans l’hypogée 6, une dalle meulière fermait encore l’entrée lors des fouilles, et tous les squelettes avaient les jambes repliées. L’hypogée 7, avec ses 21 m², est le plus grand des hypogées de la Marne. Sur l’une de ses parois, une rouelle de 20 cm de diamètre a été gravée en demi-relief. Selon les auteurs, elle pourrait représenter une fleur, un emblème de famille ou de clan, ou encore un symbole solaire. L’hypothèse qu’il s’agisse d’une fibule de l’âge du Bronze se heurte à un décalage chronologique.
Les fouilles les plus récentes ont porté sur les hypogées 10 et 11. L’hypogée 10 comporte une seule chambre de 3,40 m × 3,30 m. Elle est fermée par une chatière large de 35 cm et haute de 46 cm. Une dalle amovible accompagnée d’un encadrement en bois permettait d’obstruer l’ouverture. L’étroitesse du passage devait obliger à des contorsions du cadavre lors de son introduction dans la tombe. Un couloir était bordé d’un mur en pierre sèche. Un talus, s’appuyant sur les talus préexistants, monumentalise l’entrée, qui pouvait être couverte d’un toit végétal. Dans une clairière d’une forêt dense, fréquentée par des animaux sauvages, probablement loin des habitats qui ne sont pas connus, les 8 entrées surgissent du sol et désignent le monde des morts.
Pour l’hypogée 10, 3 niveaux d’inhumations ont été identifiés. Ils résultent principalement d’effondrements partiels de la voûte qui, en se desquamant, a créé ces trois couches successives.
La couche la plus ancienne, datée de -3400/-3300, contient 72 individus. Un premier effondrement recouvre les cadavres d’une couche de plaquettes calcaires ; 9 individus sont ensuite déposés entre -3100 et -2950. Un effondrement plus massif provoque une strate pouvant atteindre 45 cm, sur laquelle est déposé un minimum de 10 individus entre -3000 et -2900. La tombe est abandonnée et condamnée vers -3026/-2983. La date de l’effondrement total de la voûte n’est pas connue.
Pour la première phase d’inhumation, les morts sont allongés sur le dos. Sur les 16 défunts dont la position complète a pu être déterminée, la tête de 6 d’entre eux est tournée vers l’est et celle de 3 vers l’ouest, le corps étant allongé le long de la paroi. Il faut imaginer l’introduction de la dépouille par la chatière étroite, qui impose des contorsions, puis le placement du cadavre dans un espace long de 3 m. Deux personnes devaient alors évoluer dans ce lieu réduit, dont la hauteur disponible diminuait au fil des dépôts et dont l’état de décomposition des occupants précédents était variable. Avant même de considérer les gestes funéraires liés au rituel, la première contrainte était de trouver de la place pour les nouveaux venus. Ce remaniement des ossements ne permet pas de savoir comment les morts étaient vêtus. Ils pouvaient porter leurs vêtements ou être enveloppés dans des linceuls. Dans un seul cas, la position des ossements permet d’affirmer que l’individu avait des chaussures. Pour trois sujets, le crâne a été prélevé. Un adulte a subi une crémation. Un crâne montre la trace d’un coup violent ; le sujet a survécu une trentaine de jours avant de succomber.


