L’araire
L’araire apparut au temps des dolmens. L’invention ou l’adoption de l’araire est l’une de ces inventions majeures qui ont un impact important sur les sociétés et leurs évolutions.
L’araire permet non seulement une augmentation importante de la productivité agricole d’une famille, mais il redessine le paysage et fixe des limites précises aux champs. Il implique aussi des champs travaillés et empierrés qui ne sont plus des terrains libres, et donne des droits à ceux qui les ont aménagés.
À la différence d’autres découvertes comme la poterie, qui laisse des tessons, ou la métallurgie, qui laisse des armes, l’araire est très difficilement décelable archéologiquement. L’outil en bois a disparu, sauf circonstance exceptionnelle. Les représentations iconographiques qui sont connues sont postérieures à son adoption. Les témoignages les plus convaincants, sans être définitifs, sont les traces qu’il a pu laisser au sol.
Sous le tertre de South Street près de Beckhampton en Angleterre, deux rainures dans la craie à angle droit seraient les traces d’un labour croisé. Le terrain où se trouvait le tertre funéraire aurait été labouré avant -3500. Des traces analogues sont signalées sur différents sites européens. La découverte d’un travois sur les bords du lac de Chalain (Jura) prouve une traction animale avant -3000.
Il n’y a pas de preuve formelle, mais des indices concordants pour que l’araire soit présent dans le Midi dès le 4e millénaire. L’araire pourrait être l’un des éléments principaux qui provoqua la prise de possession des plateaux du centre de la France. Dans le dolmen 3 de Soulobres à Millau, Aveyron (fouille Azémar 1984/1985), plusieurs blocs portent de légers sillons. Deux de ces pierres se trouvent dans une couche archéologique recouverte par un niveau néolithique qui confirme leur ancienneté. Ces traits indiquent l’action et le frottement d’un instrument. Leur interruption et leur reprise dans le même axe évoquent un outil traîné et les marques laissées par un araire.
Cet instrument fondamental pour la production agricole est rarement attesté pour le Néolithique Final.

