Téviec et Hoëdic, Morbihan
Saint-Pierre-Quiberon · nécropole mésolithique
La question est récurrente : y a-t-il, précédant les dolmens, une évolution des rituels qui conduit au mégalithisme ; existe-t-il un héritage et une influence des chasseurs-cueilleurs qui occupent les lieux avant l’implantation de l’agriculture ?
Fouille Marthe et Saint-Just Péquart 1928/1930
Coordonnées : 47° 33′ 22″ nord, 3° 09′ 55″ ouest
Aujourd’hui, Téviec est un petit îlot désert au large de la presqu’île de Quiberon. Il était rattaché au continent au Mésolithique. Un amas coquillier témoigne de l’occupation par les derniers chasseurs-cueilleurs, dont subsistent les restes alimentaires. C’est la fréquentation régulière pendant des siècles qui a créé ces énormes amas, composés essentiellement de coquillages. La richesse du milieu avait ralenti leur nomadisme à la poursuite du gibier.
Le site est célèbre pour les 10 tombes creusées dans les rejets domestiques. 23 individus, femmes, enfants et hommes, y furent mis au jour. Les corps étaient habillés et parés de coquillages, avec de possibles résilles faites de coquilles. La présence de griffes suggère des peaux de loup. Les corps étaient saupoudrés d’ocre.
La tombe la plus remarquable, baptisée K, avait subi de nombreux remaniements. Une fosse fut d’abord creusée pour y déposer un homme avec ses atours. Des bois de cerf et une dalle furent positionnés au-dessus de lui. Sur la dalle, un foyer fut allumé, et l’on y a retrouvé des mandibules de sanglier et de cerf. L’ensemble est surmonté par un petit cairn de 1,80 m de haut. Plus tard, la tombe fut ouverte pour y déposer un autre défunt. Cette opération se déroula au moins 3 fois. La tombe finit par contenir 6 individus.
D’autres tombes furent découvertes à Hoëdic, une île alors au large de Quiberon. 10 sépultures y furent fouillées, contenant 14 squelettes. Cela porta à 37 le nombre d’inhumés connus pour ces 2 sites, ce qui est tout à fait exceptionnel pour cette époque.
En Bretagne, si le terrain acide ne conserve pas les os, l’amas coquillier a créé un micro-environnement calcaire qui a permis cette découverte.
Les techniques de fouilles furent remarquables pour ces années précédant la Seconde Guerre mondiale. De très nombreuses photographies et plus de 8 heures de film furent réalisées. Malgré les vicissitudes de la guerre et la disparition de certaines archives, de nouvelles études purent être pratiquées sur le matériel. La surprise fut provoquée par le rapport de médecins légistes qui examinèrent de nouveau les ossements de certaines fosses.
Dans la tombe A, les 2 individus considérés comme des hommes s’avérèrent être des femmes. Le plus surprenant était la raison de la mort. Sur le crâne de la première, 12 coups d’un instrument contondant furent relevés et 14 coups pour la seconde. Les premiers coups furent portés sur des personnes vivantes. Elles durent rapidement s’effondrer, et les coups suivants furent assénés quand elles étaient à terre.
L’homme de la tombe K présentait une flèche qui lui avait traversé l’aorte et s’était fichée dans une vertèbre, ce qui lui fut fatal. Précédemment, sa mâchoire avait été fracassée, mais il avait survécu à ses blessures. Les ossements analysés montrent une violence extrême.
La position et les assemblages des morts posent d’autres questions. Dans la nécropole, 3 enfants étaient enterrés avec des adultes. Cette fréquence de mortalité conjointe ne se retrouve pas dans la vie courante. Dans la sépulture D, une femme avait un enfant dans ses bras. Dans la tombe E, un homme était aussi avec un enfant dont il tenait les pieds dans la main droite. La condamnation de l’enfant à la mort de ses parents est connue dans des sociétés où la survie est difficile. Il ne semble pas que cela dût être le cas pour ces collectivités qui avaient la mer à proximité.
Devant cette manifestation de violence hors de la normale, l’hypothèse d’un sanctuaire et de sacrifices a été évoquée.

