Val-de-Reuil, Eure

Val-de-Reuil · allées sépulcrales

Cinq allées sépulcrales sont présentes sur le site. Les monuments sont disposés sur une courbe longue de 1 300 m. Ils sont distants entre eux de 180 m, le cinquième est à 440 m.

Fouilles de G. Verron (1966/1971) et F. Carré (1991/1993)

Coordonnées : 49° 18′ 34″ nord, 1° 10′ 01″ est

Les cinq allées sépulcrales suivent le tracé d’un ancien paléochenal de la Seine qui coule encore à proximité. Comme il est habituel, elles regardent le cours d’eau.

Porte-Joie, sépulture 1
La fosse est longue de 13 m et large de 2 m, les ossements y sont répartis sur 9 m par 1,5 m. Des trous de poteaux font supposer un coffrage en bois, bien que son contour ne puisse être déterminé. Elle abritait 65 individus. Le mobilier se composait de 119 objets : 65 éléments de parure, 28 flèches et 11 outils. Les perles sont principalement en os. Deux plaquettes en or, très rares dans ce contexte, de moins d’un cm de côté, étaient autrefois enroulées autour de perles. Deux haches en pierre montrent des traces d’enlèvement ; elles ne sont pas finies, le polissage n’étant réalisé que pour le tranchant.
Les datations C14 sont les suivantes : -3316/-2926, -3310/-2912, -3262/-2909, -3260/-2904. Des éléments campaniformes sont présents, ainsi qu’une sépulture de l’âge du Bronze.

Porte-Joie, Fosse XIV
La fosse, longue de 14 m et large de 3 m, contenait une allée couverte dont les dalles ont disparu. Elle comporte une antichambre située à l’ouest, longue de 2 m, et une chambre de 8,5 m. Un accès terminal se faisait par une pente douce et une dalle échancrée. Un accès latéral fut ensuite aménagé. Un dallage, constitué en partie de blocs de craie, couvre le sol de la chambre. Ces pierres ne se trouvent pas sur le terrain, et plusieurs mètres cubes furent déplacés sur au moins 1 km et traversèrent la Seine, ce qui représente un effort important. 27 individus y sont recensés. 7 pointes de flèches de types différents, transversales et pédonculées à ailerons, se trouvaient dans le même carquois. Les quelques perles et pendeloques sont en coquillages et en os. Une perle est en ambre. Les datations C14 sont : -3326/-2924, -3346/-3015, -3362/-2909. Il n’y a pas d’occupation au Néolithique Final.
Elle est la plus longue des allées funéraires du groupe et présente la plus faible occupation, tout en étant la plus riche quant à son mobilier.

Les Varennes
La fosse, longue de 14 m et large de 3 m, ne se composait d’aucun élément mégalithique. Le monument enterré est entièrement construit en bois, tout en suivant le plan classique des allées sépulcrales avec chambre et antichambre. Les datations C14 sont : -3509/-2893, -3366/-3102. Elle contient 29 individus. Elle est la plus pauvre en mobilier avec 3 vases, 11 pointes de flèche et 3 haches montrant des traces d’usure. Elle aurait eu une durée d’utilisation courte.

Beausoleil 3
La fosse de 14 m de long et 3 m de large a été très perturbée par l’installation de tombes mérovingiennes. Le nombre d’individus recensés est de 10, mais elle a pu en contenir une cinquantaine. Une occupation campaniforme a laissé quelques traces.

La Butte Saint-Cyr
La fosse de 12 m de long et 3 m de large reçoit le monument le plus court. Le monument mégalithique comptait initialement 18 blocs. La couverture est inconnue. Ils délimitent une chambre de 6 m par 2 m. L’entrée se faisait par une dalle percée en calcaire coquillier de 1,95 m × 1,80/1,40 m, d’une épaisseur de 33 cm, avec un trou d’homme d’un diamètre de 42/50 cm.
Trois phases principales peuvent être reconstituées : la première phase voit le creusement de la fosse et les premières inhumations.
Après un nettoyage et l’enlèvement des premiers occupants, un dallage est posé. De nouvelles inhumations ont lieu. L’architecture mégalithique est alors installée avec des dépôts funéraires et la création de cellules. Les restes d’une centaine d’individus y séjournent. Les datations C14 sont : -3650/-3110, -2882/-2496, -3629/-2927, -2916/-2876. Le mobilier se compose de 15 vases de différents types du Néolithique et du Campaniforme. La parure est abondante avec 125 perles et 17 pendeloques en coquillage dans diverses matières locales.

La nécropole comporte 2 types d’architecture : 2 ont de forts composants mégalithiques et 3 sont en bois. Elles présentent de fortes analogies. Les tailles, bien que différentes, demeurent du même ordre de grandeur avec des fosses allant de 11 à 15 mètres de long et de 3 à 3,50 m de large, abritant des monuments de 8 à 9 m de long. Leur structure générale et les espaces d’utilisation sont analogues. À l’extrémité de la chambre, une aire terminale a reçu très peu d’ossements et pas de mobilier. À Varennes, elle représente 4 m² et est profonde de 1,60 m. Le dépôt primaire des premières inhumations aurait pu se faire à cet endroit après un regroupement des ossements vers le centre de la chambre.

Les 5 tombes ont reçu des inhumations primaires. À la Butte Saint-Cyr, il manque 40 % des dents, ce qui pourrait être le résultat d’un prélèvement des crânes. La répartition des âges de mortalité correspond, avec quelques variantes, à celle de cette époque. Comme cela a été remarqué dans d’autres sépultures de même type, il y a un déficit important d’enfants de moins de 5 ans. Les deux sexes sont représentés ; les hommes sont plus nombreux : 6 hommes pour 4 femmes à Varennes, 18 pour 12 à la Butte Saint-Cyr. La proportion est inverse pour la sépulture 1, où il a pu être déterminé 4 femmes pour un homme.
Le peu d’anomalies dentaires évoque un mode d’alimentation favorable. L’état de santé des individus découverts dans les tombes est bon et équivalent pour toutes les tombes. À la Butte Saint-Cyr, l’état des dents, plus mauvais, et le nombre plus élevé de maxillaires édentés pourraient témoigner d’une moyenne d’âge supérieure pour le décès.

Sur l’ensemble de la nécropole, 241 individus ont pu être recensés. Avec les destructions et l’absence des enfants de moins de 5 ans, la nécropole a pu accueillir 700 à 800 morts. Cela peut correspondre au cimetière d’une communauté de quelques dizaines de personnes pendant 2 ou 3 siècles.

La différence de mobilier entre les tombes est plus quantitative que qualitative. Elle est plus riche dans les tombes présentant des structures mégalithiques.

Leurs établissements se situent vers -3350. La série de datations sur 4 des tombes indique clairement qu’elles ont fonctionné entre -3300 et -3200. Certaines pouvant avoir été plus précoces comme celle de la Butte Saint-Cyr. Vers -3000, leur fonctionnement a cessé. Il y eut des occupations par les Campaniformes pour certaines et une fréquentation à l’âge du Bronze. Le site est occupé à de nombreuses époques. Les tombes durent rester présentes longtemps dans le paysage, comme le montre le parcellaire protohistorique et la réoccupation pour certaines en tombes mérovingiennes.

Pour plus d'informations : Dolmens de la Normandie à l’Auvergne