Mournouards II, Marne
Le Mesnil-sur-Oger · hypogée
Le site est exceptionnel à plusieurs titres, à commencer par la méthode de fouille qui a été pratiquée. Bien qu’elle se soit déroulée dans un temps très bref comparé aux chantiers actuels, sa minutie et son approche marquent un tournant dans l’archéologie funéraire.
Fouille A. Leroi-Gourhan 1960
Coordonnées : 48° 56′ 36″ nord, 4° 01′ 15″ est
Les fouilles constituent un changement dans l’étude des nécropoles. La rapidité — deux ans — et l’ampleur de la monographie publiée n’ont jamais été égalées. L’accumulation des données, les relevés photographiques et les restes recueillis permettent de nouvelles recherches, critiques et complémentaires.
Tout aussi exceptionnel est le site lui-même. Les hypogées sont nombreux dans la région ; presque tous furent pillés lors de ce que l’on appelait des fouilles à leur époque, ne livrant que quelques haches polies et quelques perles. La grotte artificielle des Mournouards fut découverte intacte. Il s’agit d’un espace clos, très peu perturbé depuis son abandon. Les ossements y sont particulièrement bien conservés.
La grotte est creusée dans la craie. Elle se compose d’une antichambre et d’une chambre sépulcrale. L’antichambre mesure 1,75 m × 1,10 m et est reliée à la chambre par une chatière de 50 cm de diamètre. La chambre a 5 m de long et 3 m de large. Sa hauteur moyenne est de 1,15 m. Elle est divisée en deux espaces de 3 m × 3 m et de 2,40 m × 1,80 m. 5 537 restes osseux y furent recueillis. Les nouveaux décomptes y recensent 79 individus, soit : 41 adultes, 14 adolescents (15-19 ans) et 24 enfants (moins de 14 ans). Il y eut plusieurs réaménagements et vidanges. Les 29 squelettes les plus récents, déposés au-dessus, représentent la deuxième phase d’inhumation. Pendant la première phase, au moins 50 individus avaient été déposés (23 adultes et 27 immatures).
Tous les squelettes ne sont pas complets. Cela peut s’expliquer par une conservation différentielle, des prélèvements d’ossements ou le fait d’inhumations secondaires.
Les fouilleurs pensaient que les derniers défunts avaient été inhumés dans des linceuls, les squelettes ayant gardé des connexions lors de leur déplacement. Les nouvelles études ont émis des doutes quant à cette explication. Tous les cas ne sont pas similaires, et beaucoup d’événements peuvent provoquer des exceptions dans le mode de gestion des cadavres. Un seul individu a subi une crémation. Cela n’étant pas l’usage à l’époque, il pourrait s’agir, c’est une hypothèse, d’une personne morte dans un incendie.
Dans 15 cas le sexe a pu être déterminé : 5 hommes et 10 femmes.
Le mobilier est relativement rare. L’absence totale de céramique est surprenante.
Le dernier corps introduit dans la nécropole fut celui d’une femme enceinte. Elle fut déposée dans une position inhabituelle, face contre terre dans le passage central, et certainement à la hâte.
La plupart des défunts n’étaient accompagnés d’aucun objet. Les 96 pointes de flèche, notées avec suffisamment de précision dans leur emplacement et leur orientation, permettent de reconstituer 8 carquois. Ceux-ci étaient en vannerie et contenaient chacun 12 flèches. Leur nombre, très inférieur à celui des sujets masculins, pourrait témoigner de certains privilèges dont auraient profité quelques individus. Une quinzaine de paires de lames en silex ont été découvertes à proximité des bassins des squelettes. Ces couteaux pouvaient appartenir à un équipement standard que possédait chacune des personnes.
La parure est d’une grande pauvreté, faite de calcaire ou de coquillages dentales. Une seule perle est en ambre. La plupart des éléments montrent des traces d’usure, prouvant qu’ils étaient portés du vivant des personnages. Elle est aussi très rare : 180 perles y ont été dénombrées, provenant de 6 groupes homogènes. Les quelques autres ornements, pendentifs, témoignent de la même simplicité. La forte concentration de ces objets à proximité des squelettes d’enfants, notamment des colliers en dentales, pourrait être réservée aux plus jeunes.
Le chapitre écrit par Leroi-Gourhan s’intitule « Observations ethnologiques », ce qui dénote une approche différente de celle des publications de fouille. Il ne constitue pas des comparaisons avec des tribus primitives et des exemples pris çà et là à travers le monde pour expliquer quelques détails remarqués en fouille. Il veut se replacer dans un contexte des vivants dont il observe les pauvres restes oubliés. À travers ses lignes, une autre réalité apparaît, moins figée par le temps.
Son approche de la gestion de l’espace funéraire est originale. Il y voit la difficulté d’introduire des corps après un certain nombre d’inhumations. Aucune aération pour purifier l’air, une quasi-obscurité faisait que le séjour des fossoyeurs devait être réduit au minimum. Les cadavres passant par la chatière étroite, les restes des morts précédents, dans différents états de décomposition, étaient repoussés vers les parois. Les crânes, quand cela était possible, étaient placés dans les coins. L’espace, où l’on ne pouvait pas tenir debout, était encombré par les corps et aussi par les restes éventuels de vêtements en vannerie, qui tous se décomposent à des rythmes différents. Il est probable qu’à l’origine, certains espaces aient été réservés à des individus selon leur statut, leur sexe ou leur âge. Mais très vite, la question de place devait primer.
Deux datations au carbone 14 furent réalisées à une époque où cette technique était encore naissante. Il n’est pas précisé d’où proviennent les prélèvements. Les dates de -2457/-1771 et -2574/-1938 sont aujourd’hui confirmées. La nécropole aurait été en usage entre les derniers siècles du 3e millénaire et le début du millénaire suivant.



