Commerce international

Étude sous la direction de P. Pétrequin, E. Gauthier & A.M. Pétrequin

Il y a plus de 6 000 ans, un habitant de la région de Carnac savait reconnaître et estimer un jade provenant des Alpes italiennes. Il en distinguait toutes les variantes de couleur et les différences de transparence.

Le jade est étroitement lié à l’émergence du monumentalisme. Il procède de motivations analogues : pouvoir, prestige, richesse pour le présent et symbolique pour l’au-delà. Sa grande vogue est contemporaine des grands monuments funéraires.

Les aires de répartition des jades et des mégalithes ne se superposent pas. Une densité relative se retrouve dans les vallées du Rhône et de la Seine, où les dolmens sont rares.

Exploitation

Les gisements du mont Viso et d’autres sites limitrophes furent les seules sources d’approvisionnement pour l’Europe pendant les millénaires du Néolithique. Situés dans les Alpes italiennes, non loin du Queyras et de la source du Pô, ils alimenteront en jade jusqu’en Irlande et en Écosse, en Allemagne et en Angleterre, un peu en Espagne et dans l’Italie plus méridionale. La France en sera le premier pays importateur, et le jade y connaîtra un succès phénoménal autour du golfe du Morbihan, à plus de 850 kilomètres du lieu d’extraction.
Dans les Alpes, l’exploitation commence avant le Ve millénaire. Contrairement aux autres grands centres de fabrication de haches, sa production sera peu importante en quantité. À peine plus de 2 000 spécimens de plus de 13,5 cm sont répertoriés en Europe sur plusieurs millénaires, alors que cet objet a suscité l’attention des chercheurs.
La principale raison en est la difficulté d’accès. Les gisements, situés entre 1 700 m et 2 400 m d’altitude, ne sont accessibles que l’été. Ils nécessitent un minimum de deux jours de marche depuis des lieux habitables. La matière première est donc prélevée lors d’expéditions qui devaient durer une semaine.

Façonnage

L’acquisition de la matière demande une connaissance profonde de la montagne, qui a été prospectée dans des lieux difficiles d’accès. Elle exige un savoir-faire et un effort considérable.
Les blocs sont grossièrement façonnés pour le transport. La finition se fera dans des lieux plus hospitaliers et demandera aussi un temps considérable.
Plusieurs formes de haches seront produites. Les archéologues ont défini vingt types, chacun ayant son aire de diffusion préférentielle, comme si les producteurs alpins répondaient à une demande. Parmi ce catalogue, un modèle est destiné aux habitants des environs du golfe du Morbihan.
Une hache polie représente un grand investissement. Celle de qualité exige une technicité et nécessite un apprentissage, ce qui implique une spécialisation. Si la plus commune ne peut demander que 60 heures de polissage, pour une lame de qualité, le temps de travail grimpe très vite à 130 ou 200 heures. Pour une lame de 34 cm de long, il faut retirer environ 1,750 kg. L’expérimentation montre que le poids diminue de 3 grammes par heure. C’est presque 600 heures qu’il faut alors compter, sans avoir pris en considération tout le travail préparatoire, taille et bouchardage, pour arriver à la forme la plus proche possible.
Le polissage ne se faisait pas toujours en une seule fois. Pendant son voyage, au gré des étapes, la hache pouvait être améliorée. Elle acquérait ainsi une valeur ajoutée. Dans la région de Carnac, certaines haches étaient surpolies pour obtenir une surface encore plus brillante et une rare patine qui faisait qu’elles étaient parfois de nouveau exportées.
Cet engouement est le choix de certaines communautés. À la même époque, les constructeurs du cairn de Barnenez n’ont pas la même fascination et n’accordent pas les mêmes pouvoirs au jade. Aucune de ces haches n’a été retrouvée dans les grands cairns du nord de la Bretagne.

Lames de hache en jadéite des tertres tumulaires de Kerham à Ploemeur (Morbihan)
Ploemeur, tertre de la Croix de Kerham, Morbihan. Découvertes le 24 décembre 1861 par un agriculteur au pied des ruines d’un calvaire.
Lames de hache en jadéite de l’alignement du Petit-Rohu à Saint-Pierre-Quiberon (Morbihan)
Saint-Pierre-Quiberon, Petit Rohu, Morbihan. Haches mises au jour sur la plage, anciennement un marais, non loin d’un groupement de menhirs aujourd’hui submergés.
Hache en jadéite du type Pauilhac, site des Sept-Saints à Erdeven (Morbihan)
Erdeven, Les Sept-Saints, hache du type Pauilhac, musée de Carnac.