Possession, canton de Vaud (Suisse)

Lutry · ensemble de menhirs

Les menhirs se présentent comme une façade devant laquelle devaient se dérouler les rituels.

Fouilles S. Favre et C. Masserey 1984-1985

Coordonnées : 46° 30′ 12″ nord, 6° 41′ 06″ est

Découvert lors de la construction d’un parking, l’alignement se trouve face au lac. Il est rectiligne sur 14 m, puis s’incurve sur 7 m. Le menhir le plus grand, de 3,70 m de hauteur et 2,60 m à sa base, est situé au centre. Son sommet est arrondi par bouchardage. Les autres menhirs sont disposés par ordre décroissant de chaque côté. Ceux situés aux extrémités ne dépassent pas 1 m. Toutes les pierres sont jointives et portent des traces d’aménagement par bouchardage.

Le monument se présente comme une façade. Pour sa partie rectiligne, il a été conçu dans sa globalité. Sa partie incurvée a pu être réalisée par ajouts successifs, un laps de temps important pouvant séparer chaque action. Tout semble fait pour délimiter une aire face à un mur ou une file de pierres, certaines ayant pu représenter des ancêtres ou des dieux.

La couche correspondant au sol où furent érigés les blocs est très pauvre en mobilier, et aucune structure n’a été mise au jour. Une datation de -4450/-4060 est celle d’un bois flotté. La date de -2620/-2290, au Néolithique final, est celle où ces pierres furent vénérées. Un débordement torrentiel recouvre et condamne le site vers -1200.

L’un des menhirs, le numéro 14, est actuellement haut de 0,98 m ; sa partie supérieure a disparu. Il est le seul sur le site à porter des gravures encore visibles. Celles-ci comportent cinq cercles de 3 à 8 cm de diamètre. Les deux cercles situés sur le haut sont interprétés comme des yeux ou des seins, et les trois en dessous comme des éléments décoratifs du vêtement. Deux traits en X sont vus comme un baudrier. Un trait terminé par une boucle circulaire se trouve à la base. Ce motif possède des analogies fortes avec celui que l’on retrouve sur les statues-menhirs du Rouergue, que les chercheurs appellent « l’objet », faute d’avoir pu trouver un consensus sur ce qu’il représentait. Il a été proposé comme un sceptre ou un briquet, mais la figuration d’un poignard est l’explication qui prévaut aujourd’hui, sans faire l’unanimité. Cinquante motifs similaires sont connus dans le sud de la France, et il s’agit de l’un des symboles forts de la fin du Néolithique. Celui de Lutry est dans une position inverse par rapport aux autres représentations. Si le cercle est le sommet du fourreau d’un poignard, la personne était gauchère.

Il est possible que la stèle ait été implantée en premier, puis modifiée, et les autres menhirs seraient venus constituer le monument.

Reconstruction de l'alignement de Lutry, dans le canton de Vaud (Suisse)
Reconstruction en 1986 à quelques dizaines de mètres de l’emplacement d’origine.
Profil et plan de l'alignement de Lutry, dans le canton de Vaud (Suisse)
Profil et plan de l’ensemble de menhirs.

Pour plus d'informations : Dolmens de la Normandie à l’Auvergne