Cabrials, Hérault
Béziers · sépulture collective
Beaucoup de sites n’ont pas l’apparence ni la monumentalité des dolmens ; ils appartiennent cependant au même phénomène qui incite les sociétés à regrouper leurs morts.
Fouille Yaramila Tchérémissinoff 2007
Coordonnées : 43° 20′ 42″ nord, 3° 16′ 37″ est
Sans avoir l’apparence exacte d’un dolmen, la tombe en réunit les principales caractéristiques. Sa dimension extérieure est de 3 m de long et 1,60 m de large, soit moins de 1,50 m², tandis qu’a l’intérieur elle mesure 1,80 m x 0,80 m. Sa couverture, qui devait être une dalle, n’a pas été conservée, arrachée par les labours. Les parois de la fosse se composent de 12 dalles ; 2 piliers encadrent une porte en calcaire, dont la finition montre que la tombe a été conçue pour des usages successifs.

Tous les orthostates présentent des traces d’aménagement avec un amincissement à la base ou une réduction à leur sommet. Leurs formes sont inadaptées pour ce type de construction. De nombreux calages à leur base ont été nécessaires. Dans un premier temps, ils furent extraits avec des bâtons durcis par le feu, et ensuite grossièrement façonnés par un martelage. Ils appartenaient à un ou à d’autres monuments. Ces dalles sont un réemploi. À l’origine, certaines furent des stèles, telles qu’on en connaît en France méridionale, avec un rostre au sommet et une forme triangulaire à la base. Les archéologues les interprètent comme de représentation anthropomorphique. Il est fréquent de les trouver brisées dans les murs des dolmens. Une révolution iconoclaste aurait été perpétrée par les constructeurs de cette tombe, détruisant les anciennes idoles et incorporant leurs fragments dans leur propre monument funéraire. Si de nouveaux dieux dominent, la puissance des divinités précédentes n’est pas annihilée totalement, mais intégrée pour la protection des morts.
Les os sont mal conservés, mais les dents ont permis une étude anthropologique. Le sexe n’a pas pu être déterminé pour chaque individu, mais les deux sexes sont présents. La tombe contenait les restes de 19 individus, 2 adultes, 3 adolescents et 14 enfants entre 1 et 14 ans. Ces chiffres ne sont pas représentatifs d’une population. Le nombre d’adultes constitue environ la moitié d’une population du Néolithique, or les immatures représentent dans cette tombe près de 90 % des inhumés. Cette anomalie pourrait s’expliquer par des famines et des épidémies touchant plus les populations jeunes ou, plus probablement, par une spécialisation de la tombe qui serait réservée aux juvéniles, les deux adultes étant des intrus. Ce cas est rare ; généralement, le déficit de morts dans les tombes du Néolithique concerne les immatures.
Les fragments d’une jarre de stockage se trouvaient devant l’entrée et pouvaient contenir des offrandes collectives. Ce type de céramique connu dans la région était en usage entre -3500 et -3000. Peu de tessons furent découverts dans la chambre. Le C14 a fourni deux dates : -3312/-3294 et -3634/-3554, qui sont cohérentes et datent le monument. Il ne dut pas être utilisé longtemps et se serait rapidement effondré, obligeant sa condamnation.