Peirières, Aude

Villedubert · dolmen

Le premier monument devait être sacré pour ses constructeurs, car il abritait leurs ancêtres et justifiait leur droit sur ce territoire. Il fut annihilé par une nouvelle population, qui manifeste sa domination en installant ses propres morts au lieu même des anciens propriétaires.

Fouille Henri Duday 1973/2002

Coordonnées : 43° 13′ 26″ nord, 2° 25′ 00″ est

L’appropriation de monuments anciens par les porteurs du vase campaniforme peut prendre différentes formes : de la plus discrète à la plus violente. À Villedubert, elle fut radicale. Ils démontèrent totalement le mégalithe en arrachant les orthostates d’un dolmen qui mesurait à l’origine 7,80 m de long et 2 m de large. Un nouveau monument est, alors, construit sur son emplacement. Sa forme n’est pas exactement connue. Il devait être couvert par un toit végétal. Des fragments des anciens piliers de pierre furent débités et utilisés pour réaliser un dallage de forme elliptique de 4,50 m de long et 2,20 m de large. Il scelle les quelques restes des premiers occupants qui sont piégés dans les rigoles qui avaient été creusées pour placer les montants du dolmen initial.

Sur cette surface un mobilier important se compose de tessons de gobelet campaniforme de type dit international, de boutons perforés en V, de perles en différentes matières, dont l’une ovalaire est en verre bleu. Un peigne de potier en os qui sert à décorer la céramique et des pointes de flèche sont avec le reste des objets à rattacher à l’ensemble campaniforme.

Les restes de 60 individus de tous âges et de tout sexe ont pu être décomptés parmi les 65 000 fragments d’os recueillis. De nombreuses espèces animales nécrophages et leurs prédateurs ont fréquenté la tombe pendant son utilisation. Des escargots terrestres y ont trouvé refuge. Cela prouve que les corps étaient déposés sans protection et qu’ils s’entassaient les uns sur les autres. Il ne s’agit pas d’une sépulture de catastrophe où tous les morts auraient été jetés en même temps. La tombe ressemblait à un charnier. Il y eut des remaniements, des manipulations des corps en cours de décomposition. Les crânes complets étaient regroupés volontairement dans un secteur. L’ensemble des dépôts s’est produit sur plusieurs années ou plusieurs décennies.

Enfin, la tombe fut condamnée avec une couche de galets qui l’a recouverte.

Une collectivité a voulu occuper le lieu. Elle ne l’a pas fait pour profiter d’un monument déjà construit. Il y a une volonté de destruction. Aucune trace du tumulus du dolmen n’a été retrouvée, ce qui montre le soin apporté à cet effacement.

Fouille du dolmen des Peirières à Villedubert (Aude)

Pour plus d'informations : Dolmens de la France méditerranéenne