Fossé Gosset, Somme

Vers-sur-Selle · allée sépulcrale

Monument devenu invisible, il appartient à cette fin du Néolithique où le monumentalisme et l’ostentatoire perdent de l’importance pour certaines populations du Bassin parisien.

Fouille J. F. Piningre & B. Bréart 1975

Coordonnées : 49° 49′ 56.5″ nord, 2° 13′ 59.1″ est

L’allée couverte enterrée mesurait 11,50 m de long et de 2,50 m à 3 m de large. Les fosses d’implantation des orthostates, de 1,60 m x 0,90 m, permettent de reconstituer leurs positions et d’estimer leurs dimensions. Les 2/3 du côté ouest longitudinal ont été détruits avant la fouille. Ce type de monument se rapproche de celui de la Chaussée-Tirancourt avec des piliers d’une taille inférieure. L’absence de grande dalle ne permet pas de définir le mode de couverture : mégalithique ou végétale.

L’accès se faisait par une tranchée de 4 m entaillée dans l’argile et les silex puis dans la craie. Elle aboutissait dans une antichambre.

Une fosse circulaire de 50 cm de diamètre et profonde de 2,50 m se trouvait vers l’entrée dans l’axe du monument. Dans son niveau le plus bas, un vase complet accompagné d’une gaine de hache en bois de cerf sans sa lame de silex, de 4 poinçons en bois, de 5 armatures de flèche et de 3 lames de silex appartient au même ensemble. Il représente un dépôt, probablement de fondation. L’absence de mobilier au centre de la fosse et une concentration charbonneuse pourraient être les signes d’un poteau. Au-dessus, une couche contenait une autre série d’objets avec au moins 4 céramiques et quelques silex. Quelques ossements humains déconnectés se trouvaient au même niveau. Au sommet, un dernier niveau a livré 3 récipients divers, 4 haches polies, 3 armatures de flèche et 2 briquets.

La mise au jour d’une tranchée prolongeant la structure de fermeture avec des traces de calcination plaiderait pour l’existence d’une construction en bois. L’analyse de 151 charbons de bois a montré que 150 appartenaient à du chêne, qui correspondrait plus au reste d’une charpente qu’à un foyer quelconque.

Ces tombes semi-enterrées n’étaient pas très visibles dans le paysage. Il serait logique que les constructeurs aient voulu monumentaliser l’entrée. Un porche en bois représentant cette aire de passage entre les vivants et les morts. Les 3 dépôts successifs marquant à chaque fois des rituels importants. La présence exclusive d’ossements longs et leur mode de dispersion dans cet espace ne correspondent pas au fonctionnement habituel des dépôts funéraires. Ils auraient participé des rituels, les cérémonies accompagnant les inhumations ou les hommages dus aux morts ne pouvant pas se dérouler dans la tombe trop encombrée.

L’intérieur de la tombe présente 2 couches sépulcrales. Un niveau d’ossements est recouvert d’une matière blanc-jaunâtre. Son analyse a démontré que les ossements étaient restés longtemps, plusieurs années, à l’air libre, tout en étant protégés des intempéries, ce qui marque un temps d’arrêt de l’utilisation de la nécropole.

Aucun squelette n’a pu être isolé, les connexions anatomiques sont rares. Dans une zone se remarque une accumulation d’enfants, bien que l’inhumation de jeunes se retrouve ailleurs. Des os rongés par des petits carnassiers confirment que les cadavres demeuraient à l’air libre.

Le mobilier recueilli dans la fouille et par le tamisage des déblais laissés par les destructions précédentes a livré un matériel peu abondant, à l’exception de l’antichambre. 15 haches polies ou leurs fragments ont été découverts ; 2 dans la chambre, 5 dans l’antichambre et 8 dans les déblais ; 11 avaient été utilisées, ébréchées ou émoussées. Elles donnent plus l’apparence d’outils du quotidien qui accompagnent les morts, que ces haches votives que l’on retrouve dans certaines tombes monumentales du Néolithique. Les parures sont presque absentes. 11 récipients ont pu être reconstitués. Tous s’inscrivent dans le répertoire de la culture SOM. 7 des briquets sont fabriqués à partir de récupération d’outils réformés comme les grandes lames du Pressigny. Une de ces pièces avait encore des fragments d’oxyde de fer adhérant à sa surface. Ces briquets étaient l’un des rares objets personnels que beaucoup de morts emportaient avec eux dans la tombe.

Trois datations C14 confirment les dates qu’indique le mobilier et placent la tombe autour de -2000.

Le monument a été détruit volontairement et violemment par le feu après que les principaux blocs ont été déchaussés.

Plan de l'allée sépulcrale Fossé Gosset à Vers-sur-Selle (Somme)
Plan du monument.

Pour plus d'informations : Dolmens de la Normandie à l’Auvergne