Les tumulus géants (carnacéens)
Dans le sud de la Bretagne, plus particulièrement dans la région de Carnac qui leur a donné leur nom, apparurent les tumulus géants. Onze de ces monuments sont recensés dans la commune de Locmariaquer. Leur concentration autour du golfe du Morbihan est remarquable.
Le plus célèbre est le tumulus Saint-Michel, qui domine toute la région. C’est le plus grand. Il est aussi celui qui a fait l’objet de la fouille la plus complète, bien qu’il n’ait été exploré que partiellement. C’est le seul à avoir bénéficié d’une publication conséquente, illustrée de nombreux croquis. Celle-ci démontre que, loin d’être un simple amoncellement de sédiments, le monument est complexe, que plusieurs phases ont abouti à son état final et qu’il recouvre de nombreuses structures.
Rien ne démontre que tous ces monuments soient contemporains, ni qu’ils aient eu la même fonction.
Le recoupement de toutes les dates au carbone 14 disponibles, souvent réalisées sur du matériel ancien, situe ces monuments entre -4800 et -4600. Cette fourchette semble plausible et place les tumulus carnacéens parmi les premières manifestations du monumentalisme. Ces chiffres concernent les premières phases. Rien n’indique les époques des remaniements et des adjonctions. Des recouvrements importants, qui donnent une grande ampleur au monument, peuvent être beaucoup plus récents. Il serait intéressant de savoir si les dernières couches, souvent les plus épaisses, ne pourraient pas résulter d’actions de condamnation, comme il en est connu de nombreuses dans le monde mégalithique. Dans beaucoup de cas, la masse rapportée sur le monument primaire pour le recouvrir est plus importante que celle initialement utilisée pour la construction du premier monument. Les tumulus carnacéens ont pu devenir géants à des dates beaucoup plus récentes.
Comme pour les tumulus à dolmens multiples du nord de la Bretagne, c’est par des ajouts successifs au fil du temps que le monument prend de l’ampleur. Au commencement, il n’y avait peut-être qu’un coffre. Il a pu être ensuite recouvert d’un petit cairn, puis d’autres structures adventices se sont installées à proximité, et d’autres couches sont venues recouvrir successivement les différentes installations.
À la différence des grands cairns à dolmens multiples, les tumulus carnacéens surprennent par la richesse de leur mobilier. La hache, plus qu’un outil, est un symbole : la plupart de celles découvertes dans ces contextes n’ont pas été utilisées. L’importation de jadéite et de variscite représente un luxe démesuré. Non seulement ces tombes ont exigé un investissement énorme de la part de la communauté, mais les haches et les parures à l’intérieur, outre le coût de leur importation pour certaines, ont demandé un grand nombre d’heures pour leur polissage.
Les premiers archéologues avaient en tête les pyramides d’Égypte et autres tombes exceptionnelles de l’Antiquité, qui étaient alors les seuls monuments funéraires connus.
Depuis, les fouilles ont démontré que les monuments, dans leur état final, étaient le fruit de multiples adjonctions. Les caveaux primaires ont pu rester à l’air libre pendant une longue durée. La décision de les recouvrir est intervenue quelques années, voire un siècle, après l’introduction du ou des premiers défunts, une fois les offrandes ou les dépôts votifs accomplis.
La découverte d’un squelette ou d’une tombe structurée ne signifie pas que le monument qui l’entoure ait été construit pour le défunt. Des morts ont été inhumés dans des lieux considérés comme sacrés. De tout temps, des personnes ont souhaité se faire enterrer auprès d’un lieu déjà sanctifié.
La construction du tumulus pourrait, aussi, correspondre à des « structures de condamnation ». Cet acte peut témoigner d’un signe de respect. Sceller, au prix d’un énorme effort, une tombe-sanctuaire ne signifie pas que le culte cesse. Le lieu peut devenir un lieu de mémoire aussi sacré que l’était le monument initial.



