Petit Mont, Morbihan
Arzon · cairn à dolmens multiples
Le Petit Mont occupe un emplacement privilégié sur la presqu’île de Rhuys, qui ferme le golfe du Morbihan. Situé sur l’un des points remarquables de la côte, il constitue traditionnellement, jusqu’à nos jours, un amer pour les marins souhaitant pénétrer dans le golfe.
Fouille Joëlle Lecornec 1979/1989 & 1992/1993
Coordonnées : 47° 32′ 12″ nord, 2° 54′ 08″ ouest
Les analyses palynologiques indiquent un déboisement presque total au Néolithique. Au cours de sa longue histoire, le cairn a subi de nombreux dommages, dont le plus important fut l’installation d’un blockhaus du mur de l’Atlantique par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale.
Entre -4760 et -4300, un long tertre de terre de 49 m de long et 19 m de large a été érigé. Il n’a livré aucun matériel. Aucun élément funéraire n’y a été détecté. Seule l’extrémité sud-ouest, une fosse, aurait pu servir de calage à un monolithe. Ce tertre n’est pas sans rappeler les structures du type Passy, connues dans l’Yonne et appartenant à la culture de Cerny. Bien que le site n’ait donné aucun vestige de ce faciès, des témoins de cette culture sont connus à 1 km de là.
Sur ce tertre et suivant le même axe, un cairn représentant une masse considérable de pierres a été construit. De plan trapézoïdal, il est long de 29 m et s’élève encore aujourd’hui à plus de 6 m de haut. Sa façade nord-est, particulièrement soignée avec un parement en écaille, s’élève en gradins. Il n’a livré aucun mégalithe ni aucune trace de structure en encorbellement. Il se peut que ce monument soit une simple plateforme destinée à accueillir des rituels en son sommet, ou le socle d’une construction disparue.
Un deuxième cairn, daté entre -3960 et -3660, vient s’adosser au précédent en le recouvrant partiellement. Sa façade, orientée plein est, ne suit pas les alignements des monuments anciens. De plan quadrangulaire, il englobe un dolmen à couloir. Des charbons trouvés dans sa chambre indiquent une fréquentation durant la première moitié du IVᵉ millénaire. D’autres, à l’entrée de la chambre, suggèrent son abandon entre -3540 et -3380. Le mégalithe, ayant été totalement intégré dans une nouvelle construction, présente un monument sans traces de réutilisation postérieure. Un mobilier céramique important, correspondant aux groupes de Dissignac et du Souc’h, confirme l’espace chronologique de son utilisation.
Deux haches polies ont été découvertes dans des positions remarquables. Le tranchant vers le haut, elles sont placées dans les coins de la chambre. L’une est dirigée vers le nord, l’autre vers le sud. Leur petite taille, moins de 10 cm, les désigne davantage comme des objets votifs que comme des outils.
Le sol de la chambre est constitué d’une grande stèle-idole. Le bloc, de 4,20 m de long et 3,60 m de large, ne comporte pas de gravure visible. Il a été travaillé pour créer deux épaulements et lui donner une allure anthropomorphe. Les traces de martelage et de piquetage sont présentes. Une de ses faces est brute, l’autre a été aplanie. Cette stèle sert de sol au dolmen, construit autour d’elle, ce qui indique la valeur symbolique de la pierre. Les fragments de deux autres stèles-idoles ont été mis en évidence parmi les éléments constituant le dolmen. D’autres dalles ornées, également récupérées, voient leur sens de lecture des figurations non respecté. Elles proviennent probablement d’un monument ultérieur. Une dalle montre une crosse gravée, positionnée à l’envers.
Un troisième cairn, le plus massif, vient recouvrir presque totalement les constructions existantes. De plan trapézoïdal, sa façade, avec un parement soigné et au moins cinq degrés, suit la même orientation que le précédent. De petits galets en quartz blanc y ont été inclus, peut-être pour participer au décor. Plusieurs de ces pierres, d’une taille variant de celle d’un œuf de pigeon à celle d’un œuf de poule, étaient en place et plaident pour un aménagement de la façade. Elles auraient apporté des points lumineux dans le grand mur s’élevant face au soleil levant.
Le cairn contenait deux dolmens à couloir. L’un a été détruit par l’inclusion du blockhaus, et seules des traces de son entrée permettent d’attester son existence. Le dolmen conservé, étudié par Le Rouzic, possède une chambre carrée de 3 m × 3 m avec un couloir de 9 m de long. Il a livré un matériel datant du Néolithique et du Campaniforme, montrant que l’intérieur était encore accessible après son abandon par les utilisateurs originaux.
La construction du dernier cairn n’a pu être datée avec précision. Le lieu a ensuite été régulièrement fréquenté au Chalcolithique, à l’âge du Fer et à l’époque romaine. Le nombre de statuettes en terre blanche de « Vénus » et la découverte d’un petit autel montrent que, pour les Gallo-Romains, le site avait acquis une autre valeur spirituelle et que des offrandes y étaient régulièrement déposées.
La gravure d’une paire de pieds est unique pour un monument mégalithique et ne correspond à aucune symbolique connue pour cette époque. La façon dont elle est réalisée diffère fortement des autres gravures. Il est possible qu’elle ait été réalisée par des réutilisateurs qui consacrèrent ces lieux à d’autres divinités.



