Houlbec-Cocherel, Eure

Houlbec-Cocherel · sépulture collective

Ce qui peut être considéré comme la première fouille archéologique de France fut entreprise au XVIIe siècle à la demande du seigneur des fiefs du Haut et Bas Cocherel pour se fournir en pierres.

Fouille R. Le Prévost 1685

Coordonnées : 49° 04′ 20″ nord, 1° 21′ 28″ est

Un procès-verbal fut établi le 11 juillet 1685. C’est indirectement la construction du château de Versailles et l’aménagement de la vallée de l’Eure et du canal pour l’alimenter en eau qui la provoquèrent. Il s’agissait avant tout de prouver que la sépulture n’était pas chrétienne et qu’il n’y avait pas de sacrilège à en exploiter les matériaux. Il ne s’est trouvé aucune inscription, ni sculpture, ni figure qui pût faire croire que ces hommes-là eussent été chrétiens, il n’y avait donc pas sacrilège. « Ce qui nous a induits à déclarer audit Seigneur de Cocherel qu’il pouvait appliquer lesdites pierres sans aucun scrupule à tel usage que bon lui semblerait. »

Le site éveilla un intérêt à une époque où la conception de l’histoire de l’humanité était courte et ne remontait pas avant le déluge.

À Cocherel, les ouvriers découvrirent une fosse de 10 m × 2,30 m, partiellement entourée de pierres debout ou couchées. Le récit des découvertes fut d’abord publié en anglais en 1686, traduit par un érudit protestant, et seulement en français 30 ans plus tard, en 1722, dans un ouvrage de P. Le Brasseur sur l’histoire du comté d’Évreux, signé par l’abbé de Cocherel. « Ayant besoin d’un nombre considérable de pierres de taille pour fournir au travail qu’il était obligé de faire par ordre du Roi pour la réédification de la bajoyerie de la Porte à bateaux des moulins de Cocherel, il aurait fait découvrir deux grandes pierres qui sortaient hors de terre, l’une d’un pied, et l’autre de neuf à dix pouces, comme des bornes pour séparer des terres. Elles se sont trouvées l’une et l’autre de six pieds de hauteur, posées debout à côté l’une de l’autre, jointes et maçonnées avec de la marne. En faisant ladite découverte, on aurait remarqué que c’était un sépulcre » (Le Brasseur, 1722). Bernard de Montfaucon y consacre de nombreuses lignes dans son ouvrage « Antiquité expliquée et représentée en figures » la même année.

La figuration reprise dans la plupart des histoires de l’archéologie n’a pas été réalisée sur le terrain, mais imaginée d’après les relations écrites. Les illustrations de la première édition sont très différentes, montrant comment les compilateurs peuvent interpréter les données qu’ils récupèrent au gré de leurs lectures.

L’un de ces premiers préhistoriens fit appel à d’autres compétences, telles que le maître chirurgien de Cocherel, qui livra une des premières analyses anthropologiques d’une sépulture collective : « Dans ce sépulcre se seraient trouvés les os de vingt corps d’hommes de la grandeur ordinaire de cinq pieds et demi à six pieds de long, à la réserve de deux jeunes de quinze à seize ans, ne s’étant trouvé aucune tête de femme. » Il remarqua aussi un trou dans un crâne et en déduisit que c’étaient des gens de guerre. Il s’étonna devant un autre et constata ainsi la première trépanation, sans pouvoir imaginer une intervention chirurgicale. Un géologue fut aussi consulté pour les haches découvertes, que l’on disait de jade. Elles étaient toujours considérées comme des pierres de foudre produites par les éclairs des orages. Les savants défendirent cette théorie jusqu’en 1877, bien que, dès 1723, Jussieu eût émis l’hypothèse d’une origine humaine, s’appuyant en grande partie sur une comparaison ethnologique avec les sauvages américains, relatée dans un livre publié en 1723. Là aussi, R. Le Prévost fut un précurseur, car il voyait en ces pierres des outils : « Ces pierres s’enchâssaient par le bout le plus étroit dans un morceau de corne de cerf creusé par le bout pour recevoir une de ces pierres, percé par le milieu pour l’emmancher au bout d’un bâton et en faire une hache. »

Reconstitution de 1722 de la sépulture collective d’Houlbec-Cocherel (Eure)
Reconstitution de la tombe d’après le compte rendu publié en 1722.
Représentation de 1686 de la sépulture collective d’Houlbec-Cocherel (Eure)
Représentation de la tombe publiée en Angleterre en 1686.

Pour plus d'informations : Dolmens de la Normandie à l’Auvergne