Fonctions des menhirs
Il est impossible d’évoquer l’émergence du monumentalisme sans faire un détour par le Proche-Orient et par quelques pays d’Europe, notamment avec la découverte faite dans le sud-est de la Turquie à Göbekli Tepe, près de la frontière syrienne.
En 1995, des blocs en forme de T ont émergé des sables et de la rocaille dans un paysage désertique. Cette découverte, comme celle de Barnenez, allait réécrire quelques pages de l’histoire universelle.
Aujourd’hui, 4 monuments circulaires sont dégagés. Ils existent autour de nombreuses structures de toutes sortes. Göbekli Tepe n’est pas qu’un temple, c’est un vaste complexe cultuel composé de différents types de monuments aux fonctions variées.
Les fonctions que les pierres dressées ont pu assumer et leur signification peuvent être multiples. Elles ont pu varier avec le temps et selon les régions. Les motivations pour les ériger sont nombreuses. La même pierre a aussi pu être déplacée et son emploi changer au cours des siècles.
Leur usage peut se classer en plusieurs catégories :
L’une est d’ordre topographique : bornes limitant un territoire ou marquant son centre. Elles peuvent désigner les possessions d’un homme ou d’une tribu. Elles peuvent signaler une frontière entre l’espace profane et l’espace sacré. Les menhirs peuvent être des jalons sur des chemins commerciaux ou de pèlerinage. Ils peuvent indiquer un lieu de rencontre et de marché.
Une autre concerne directement le religieux, quand la pierre est la représentation ou l’incarnation de la divinité. Dans de nombreuses religions anciennes ou actuelles, des pierres brutes sont vénérées comme des dieux ou des déesses. Elles peuvent être leur émanation directe ou leur messager.
La troisième appartient au social. Leur rôle mémoriel est fondamental. Il peut s’ajouter aux précédents, mais le menhir est avant tout un instrument du souvenir. Les pierres dressées peuvent témoigner d’un pacte ou d’une alliance. Elles peuvent être dressées du vivant d’un individu pour afficher sa gloire, son prestige ou sa puissance et l’inscrire dans le temps. Elles peuvent, après sa mort, recevoir leur âme et rester présentes parmi les vivants. Ces pierres rappellent l’histoire d’individus ou de collectivités, elles sont en partie leur livre d’histoire.
Les dolmens sont les pierres des morts, les menhirs pourraient être celles des vivants. Les dolmens appartiennent à un monde clos, figé pour l’éternité. Les menhirs, qu’ils témoignent de la puissance d’un homme, qu’ils bornent un territoire ou qu’ils soient le souvenir d’un événement, participent à la sphère du quotidien. Les pierres du dolmen sont cachées par le cairn, celles du menhir s’exposent à l’air libre. L’un dans la zone obscure de l’univers, l’autre défie le ciel : le jour et la nuit.


