Les « cromlechs » ou enceintes de menhirs
Le terme enceinte regroupe un ensemble de structures composées de pierres dressées en file circulaire, oblongue, ovale ou autre, formant un espace clos ou semi-fermé.
Il suffit de quelques pierres manquantes ou déplacées pour rendre une enceinte méconnaissable. La taille souvent modeste des pierres qui les constituent les rend d’autant plus fragiles. Très peu de ces groupes de pierre sont conservés de façon intégrale et tous sont le fruit de restaurations plus ou moins inventives. Le redressement moderne des blocs a rarement pris en compte les fosses de calage, dans la mesure où celles-ci furent recherchées ou mises au jour.
Les « cromlechs » du temps jadis
Au 19e siècle, la France est couverte de cromlechs. Des érudits en signalent de toutes parts dans la presque totalité des départements où les dolmens sont présents. Ils ont disparu aujourd’hui pour la grande majorité. Ce ne sont pas les destructions habituelles, travaux agricoles ou aménagement du territoire, qui en sont la cause. La raison est l’état de la connaissance archéologique d’une époque. Très influencé par les premiers chercheurs britanniques qui décrivaient les stone circles, nombreux dans leur pays, et fasciné par Stonehenge, le cromlech devint le modèle du temple païen. Le cercle de pierre possédait un pouvoir ésotérique qui correspondait à l’imaginaire de ce que l’on se faisait de la pensée primitive. Ils accueillaient les cultes sanguinaires décrits par César et quelques autres auteurs antiques. Ils complétaient les dolmens, les uns étant les tombes et les cromlechs étant les temples. Il était donc logique que la présence de dolmen implique systématiquement l’existence d’enceintes sacrées.
Beaucoup de blocs épars furent retenus comme monuments préhistoriques ou intégrés dans les inventaires officiels. Le premier inventaire des mégalithes de la France parut en 1875 dans le Bulletin de la Société d’Anthropologie de Paris et comptait 2 300 dolmens. En 1880, la Commission des Monuments mégalithiques admit 3 380 dolmens, 44 alignements et 451 cromlechs. Adrien de Mortillet, préhistorien reconnu, estimait le nombre de cromlechs à 62 pour l’Ouest et 412 pour le reste de la France, dont 334 dans le Sud-Ouest.
Dans les années 1970, Fernand Niel, amateur éclairé, estimait à 63 les cromlechs pour les départements bretons et 43 pour le reste du territoire. Les centaines de monuments dans le Sud-Ouest, que Mortillet croyait pouvoir inscrire dans sa liste, qui lui avaient été indiqués par des érudits locaux zélés, étaient des phénomènes naturels ou des vestiges de monuments plus récents.
En Bretagne, il est possible de trouver aujourd’hui des traces visibles de 43 cromlechs, dont certains demeurent hypothétiques, et le reste de la France a perdu presque tous ses monuments anciennement décrits. Dans le département du Cantal, qui possède moins de 20 dolmens, un cromlech signalé ne fut jamais retrouvé. Dans le Berry, les cartes géographiques indiquent un cromlech à Ciran dans l’Indre. Ce ne sont que quelques pierres et un affleurement rocheux à proximité d’un dolmen. En Aquitaine, aucun des cercles répertoriés n’a résisté à une étude approfondie. Celui de Gaillan, transféré au Jardin public de Bordeaux, fait partie des canulars archéologiques. Las Naou Peyros, sur la commune de Réaup-Lisse dans le Lot-et-Garonne, suscita l’intérêt de quelques amateurs entre 1911 et 1930 et constitue un cas de restauration absurde. En 1930, l’abbé V. Donis décida de reconstruire l’édifice à partir de la découverte d’un monolithe en calcaire et, théoriquement, de l’emplacement de 8 autres. Des bornes en béton furent dressées pour obtenir un cercle de 9 pierres. Il serait le seul du département et de la région. Il est inutile de multiplier les exemples de tous ces pseudo-cromlechs, souvent le fruit de la bonne foi de chercheurs et de prospecteurs locaux qui ne se sont avérés être que le résultat d’interprétation fautive. Quelques monuments n’ont pas encore été éliminés de l’inventaire des mégalithes et suscitent quelques doutes.


