Berceau et Petit, Eure-et-Loir
Maintenon · dolmens
Dans ce qui était alors une confluence entre l’Eure et l’un de ses affluents, se trouvent trois dolmens et un menhir. Le lieu revêtait une importance particulière, car les constructeurs avaient transporté une dalle d’au moins 30 tonnes pour que les monuments se trouvent à ces emplacements.
Fouilles L. Petit (1924/1927) & D. Jagu (1983/2000)
Coordonnées : 48° 34′ 10″ nord, 1° 35′ 01″ est

Le dolmen Petit (du nom de son premier fouilleur, L. Petit) et le dolmen du Berceau se trouvent côte à côte, séparés par un espace de 2 m. Le dolmen Petit est composé de 4 piliers et est recouvert par un petit cairn. Son sol est dallé. Lors des premières fouilles, une douzaine de squelettes y furent découverts. Les traces de calcite qui recouvrent ses orthostates montrent que l’espace fut clos pendant le temps de son usage à des fins funéraires entre 100 et 200 ans.
Après avoir servi de tombe, il fut dépouillé des blocs qui constituaient le cairn, et sa table fut arrachée, déplacée et dressée comme menhir à 6 m de son emplacement d’origine. Les orthostates furent débités pour réduire leur hauteur. Un fossé en forme de fer à cheval, large de 2 à 3 m et profond de 60 cm, englobe les deux dolmens. Le sable mêlé de gravier extrait sert à recouvrir l’ancienne chambre, formant un tumulus entouré d’un petit muret constitué des anciens blocs du cairn.
Ces travaux importants ne correspondent pas à une destruction aveugle : ils procèdent d’une démarche complexe qui ferme définitivement le caveau avec un respect des lieux et des morts. À ses côtés, le dolmen du Berceau demeure intact et accessible. Dans ce monument, aucune trace d’inhumation, malgré une recherche minutieuse, n’a été découverte. Le fouilleur pense que ce monument n’eut jamais de fonction funéraire et qu’il était réservé au rituel. « Un dolmen pour les morts et un pour les vivants », selon son expression.
La question de savoir si tous les dolmens sont des tombes se pose régulièrement. Elle a été soulevée lors des fouilles du cairn de Barnenez (Finistère), où l’architecture spécifique d’un des dolmens se différencie des autres tombes. Elle est évoquée dans le groupe de dolmens du Mané Kerioned (Carnac, Morbihan), où l’un des trois dolmens, plus grand que les deux autres, présente des parois ornées de nombreuses gravures. La fonction de sanctuaire a été évoquée pour les immenses dolmens de type angevin du bord de la Loire, tout comme pour l’immense hypogée de l’Épée de Roland (Fontvieille, Bouches-du-Rhône). Les lieux de culte des constructeurs de dolmens restent inconnus : si les ancêtres sont vénérés, d’autres déesses et dieux ont pu l’être également.
Les deux monuments n’ont pas subi le même traitement. Quand l’un connait sa première condamnation et est devenu un lieu mémoriel, le dolmen du Berceau est toujours visible.
La durée de la période pendant laquelle le site reste dans cet état n’est pas déterminée avec précision. Pendant ce temps, une forte activité de taille de silex a lieu sur le site, sans qu’il soit possible d’établir une corrélation.
Le dernier acte de l’histoire des mégalithes est violent : il se traduit par le bris volontaire de la table du dolmen du Berceau et l’enlèvement de deux de ses piliers latéraux. Un énorme travail de terrassement est ensuite entrepris pour recouvrir l’ensemble du site par un tumulus de 25 à 30 m de diamètre.
Cela marque la fin du site néolithique. Plus de deux millénaires plus tard, un cimetière mérovingien s’installe et redonne une vocation funéraire au lieu.
Deux datations au carbone 14 (-4530/-4023 et -4336/-3790) confirment l’ancienneté de ces dolmens. Ils sont contemporains des premiers dolmens à couloir de Bretagne et seraient les témoins de l’avancée orientale du premier monumentalisme armoricain.

