Gavrinis, Morbihan

Larmor-Baden · dolmen à couloir

Aujourd’hui situé sur un îlot, le site se trouvait, au Néolithique, sur une colline auprès d’une rivière. Ce cours d’eau le séparait des cromlechs voisins d’Er Lannic. Le dolmen est unique en Europe par la richesse du décor de ses piliers.

Fouille Charles-Tanguy Le Roux 1979/1984

Coordonnées : 47° 34′ 19″ nord, 2° 53′ 56″ ouest

Bien que ce monument appartienne à la grande famille des dolmens à couloir, il se distingue par la taille exceptionnelle de son couloir de 13,50 m, l’étroitesse de sa chambre de 8 m², ainsi que par les décorations sculptées de ses parois. Il est le seul monument en France dont la plupart des piliers soient ornés.

Le monument se présentait extérieurement comme une butte de 50 m de diamètre, haute de 8 m. Sa position privilégiée en faisait un repère constant dans le paysage. Dès 1521, il est signalé dans le Grand Routier de Garcie Ferrande comme amer.

Sous ce tumulus se cachait un cairn au mur bien appareillé. Sa façade, large de 28 m, est orientée vers le soleil couchant. L’entrée du dolmen, dont seuls les deux premiers piliers et leur couverture étaient visibles, se trouve au centre. À la base, le mur s’élevait verticalement sur environ 1 m, puis s’inclinait et formait des paliers qui lui permettaient d’atteindre une hauteur probablement supérieure à 8 m. Cela lui donnait l’apparence d’une pyramide presque carrée, avec au moins trois degrés. L’intérieur du cairn est comblé de pierres de différents calibres mélangées à de la terre. Sa masse dépasse 5 000 m³. Les 10 000 tonnes de matériaux nécessaires furent extraites dans les environs immédiats. Selon le fouilleur, il aurait fallu 100 000 journées de travail, soit environ trois ans, pour une centaine d’hommes, afin d’accumuler cette quantité.

Sur le parvis, des traces charbonneuses et du mobilier dispersé témoignent d’une activité devant le monument. Des trous de poteaux indiquent la présence de constructions en bois. La zone est trop perturbée pour en établir la nature exacte.

Le bois ne devait pas manquer, si l’on suppose, comme le fouilleur, que la table lourde de 17 tonnes fut transportée par les eaux. Soixante billes de 40 cm de diamètre et longues de 4 m étaient nécessaires pour construire le radeau de 6 m × 4 m qui aurait permis au bloc de flotter.

Un long couloir mène à une chambre de 2,60 m × 2,50 m et haute de 1,80 m. Le sol est entièrement recouvert de grandes dalles. L’ensemble est constitué de quinze piliers d’un côté et de quatorze de l’autre. La plupart sont en granit local. La table, en orthogneiss, a été dégagée, révélant des gravures cachées dans la masse du cairn. Elle avait été récupérée sur un monument plus ancien, dont elle était un fragment. La gravure représente un bovidé à longues cornes. Le sommet d’un autre animal similaire est visible près de la cassure de la pierre. Un symbole, traditionnellement appelé « hache-charrue », est présent au-dessus des têtes des deux animaux. Ces gravures s’accordent parfaitement avec celles connues sur la dalle de couverture de la Table des Marchands. Ces deux pierres proviennent d’un grand monolithe qui fut débité.

Plusieurs piliers proviennent d’anciens monuments. Sur l’un des piliers, des motifs de crosse et la figure d’un « écusson avec rostre » étaient probablement déjà inscrits avant que de nouvelles gravures soient réalisées.

Sur la dalle 14, deux rangées de crosses, similaires à celles visibles sur la dalle de chevet de la Table des Marchands, étaient précédemment gravées. Les sommets ont été débités pour être mis au niveau des piliers voisins.

La réutilisation d’une pierre ornée sans tenir compte des gravures existantes est un cas fréquent. Les gravures ne se trouvent plus dans le sens de lecture initial. Elles ont été fractionnées ou leur face anciennement décorée est incluse dans la masse du cairn et est invisible. La dalle 15 présente ainsi les images de deux belles haches occultées par les constructeurs. La dalle 19, dans le même état, était gravée à l’origine d’un symbole interprété comme une hache emmanchée. La dalle de seuil, quant à elle, présente sur ses deux faces des gravures de différents styles : d’un côté, une partie d’un « écusson », et de l’autre, des gravures en arc de cercle du style de Gavrinis, inachevées et piétinées par les visiteurs modernes comme par les gens du Néolithique.

Ces anciennes images, présentes sur les pierres de récupération, correspondent au corpus des symboles du mégalithisme armoricain. Elles contrastent avec les formes ondulées de Gavrinis, uniques en France et difficilement comparables aux autres représentations connues dans les dolmens d’Europe.

Visité dès le Moyen Âge, le monument fut vidé par des pilleurs au XIXe siècle. L’absence de mobilier archéologique rend difficile la compréhension de la fonction de cette crypte.

Quelques tessons et haches polies de piètre qualité, recueillis sur le site, ne facilitent pas sa datation. Par analogie, les chercheurs estiment que le monument fut construit vers -4000. Ces hypothèses sont confirmées par des datations au carbone 14 récentes, effectuées sur des traces de fumée prélevées sur la pierre de seuil, qui donnent une fourchette entre -4241 et -4005. Un autre échantillon, prélevé sur des charbons de bois, offre une datation similaire : entre -3964 et -3773. À la fin du Néolithique moyen, vers -3300/-3100, un incendie a lieu devant le monument. Il marquerait la fin de son utilisation. L’entrée est alors occultée par un amoncellement de pierres. Une énorme chape de pierre et de terre vient recouvrir le cairn dans son intégralité, formant le gros tumulus encore visible aujourd’hui sur la petite île. Contrairement à d’autres monuments, Gavrinis n’a subi ni modification ni agrandissement, ce qui suggère une utilisation relativement courte, de quelques siècles seulement, avant sa condamnation définitive.

Vue aérienne de l’îlot de Gavrinis face à Er Lannic, à Larmor-Baden (Morbihan)
L’îlot de Gavrinis face à Er Lannic.
La façade partiellement restaurée du cairn de Gavrinis à Larmor-Baden (Morbihan)
La façade restaurée partiellement du cairn.
Un des piliers à la symbolique singulière du cairn de Gavrinis à Larmor-Baden (Morbihan)
Un des piliers avec une symbolique unique à un monument exceptionnel.
Profil dans son état actuel avec le tracé de son profil originel supposé du cairn de Gavrinis à Larmor-Baden (Morbihan)
Profil du monument dans son état actuel, avec le tracé de son profil originel supposé.